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Et si vos symptômes avaient une histoire familiale ?

  • Photo du rédacteur: Mathieu Girardot
    Mathieu Girardot
  • il y a 19 heures
  • 6 min de lecture
Comprendre les douleurs, troubles et blocages persistants à la lumière du transgénérationnel
Comprendre les douleurs, troubles et blocages persistants à la lumière du transgénérationnel

Ce qui se transmet... Depuis l'apparition de la vie sur Terre, les êtres vivants transmettent à leur descendance ce qui favorise leur adaptation et leur survie. Au-delà du patrimoine génétique, chaque génération lègue également des modes de fonctionnement et des croyances, autant de stratégies développées pour faire face aux difficultés rencontrées.


Au lieu de considérer les héritages de nos aïeux comme des « casseroles » péjoratives, je vous invite à changer de perspective pour y voir au contraire des ressources précieuses et des capacités d'adaptation qui ont permis à nos ancêtres de traverser les épreuves de leur existence. Et cela a été efficace puisque nous sommes là aujourd'hui, dignes descendants de ces personnes !


Cependant, ces stratégies, parfaitement adaptées dans le contexte de l'époque, peuvent parfois influencer de façon totalement inconsciente les générations suivantes et conduire à des comportements, des difficultés ou des symptômes qui semblent, à première vue, ne pas avoir d'explication.

Comment cela se transmet ? Pendant longtemps, on a considéré que seule l'information contenue dans nos gènes était transmise d'une génération à l'autre. Les découvertes récentes en biologie ont cependant montré que l'expression de ces gènes peut être influencée par l'environnement, les conditions de vie et les expériences vécues.


C'est ce que l'on appelle l'épigénétique. Sans modifier la séquence de l'ADN, certains mécanismes biologiques peuvent activer ou désactiver l'expression de certains gènes. Autrement dit, les gènes constituent la partition, mais l'épigénétique participe à la manière dont elle est jouée.

Des études réalisées chez l'animal et chez l'être humain suggèrent que certaines adaptations développées face à des situations particulières laissent des traces biologiques observables chez les générations suivantes. Il s'agit là d'une formidable capacité d'adaptation du vivant véritable moteur de l'évolution. Les situations d'inhibition de l'action


Ce qui va « marquer » biologiquement l'individu, ce sont les situations d'inhibition de l'action.

Pour comprendre cela, revenons d'abord au fonctionnement normal d'une émotion.


Une émotion est un programme biologique destiné à nous faire agir pour nous adapter à un événement. Elle est construite en 3 phases : Charge - Tension - Décharge.

La charge correspond à l'événement. La tension est la mobilisation de l'organisme. La décharge est l'action qui permet de retrouver l'équilibre. Par exemple, si un chien me poursuit, la peur crée une tension dans mon corps qui me pousse à courir. Une fois en sécurité, la tension retombe et je libère mon émotion par des manifestations physiques comment des tremblements par exemple.

Mais parfois, l'action est impossible. Je voudrais fuir, mais je suis coincé. Je voudrais me défendre, mais je n'en ai pas le droit. Je voudrais exprimer ce que je ressens, mais je dois me taire. C'est ce que l'on appelle une situation d'inhibition de l'action.

Lorsque ces situations sont répétées ou vécues avec une forte intensité, elles peuvent laisser une trace durable et ainsi provoqué des symptômes qui vont dépendre du ressenti de l'individu par rapport à l'événement.


Dans cette perspective, on peut imaginer que certaines stratégies développées par nos ancêtres pour faire face à ces situations ont pu être transmises aux générations suivantes via des mécanismes épigénétiques. Des stratégies qui ont été utiles à une époque donnée, mais qui ne sont pas toujours adaptées au contexte actuel.


C'est précisément ce que nous allons explorer dans l'approche transgénérationnelle. Le poids de non-dits Pour qu'un traumatisme, c'est-à-dire une situation d'inhibition de l'action, ne laisse pas de trace durable, il est nécessaire de pouvoir "l'intégrer". Cela passe par le fait de reconnaître ce qui s'est passé, de mettre des mots sur ce qui a été vécu et sur les émotions ressenties, puis de donner du sens à cette expérience pour pouvoir avancer et retrouver progressivement un nouvel équilibre.


Parler, comprendre, être écouté, pleurer, partager sont des étapes nécessaires afin de faire évoluer le ressenti en rapport avec l'événement initial. L'idée est de retrouver de l'apaisement et sa "juste part" afin de ne pas subir ce qu'il s'est passé pour le reste de sa vie.


Mais il arrive que certains événements restent enfermés dans le silence. La honte, la culpabilité et la peur du jugement peuvent consciemment être utilisés pour protéger ses proches. Parfois la souffrance est tellement grande que des mécanismes inconscients de déni se mettent en place. L'événement n'est alors ni exprimé, ni partagé, ni véritablement intégré. Il reste en quelque sorte en suspens dans l'histoire familiale.

Le non-dit ainsi créé génère une forme de tension dans le système familial. C'est un peu comme dans ces jeux où, lors d'un dîner entre amis, certains mots deviennent interdits. Plus on essaie de ne pas les prononcer, plus ils occupent notre esprit. À la fin, on ne voit plus qu'eux.

Les générations suivantes peuvent alors percevoir cette tension sans en connaître l'origine et adopter des comportements voire des symptômes de façon inconsciente qui tendent à résoudre cet inconfort resté en suspens.

Mettre de la lumière sur l'histoire familiale ne consiste pas à remuer le passé pour le plaisir, ni à jeter la pierre aux générations précédentes. Sans rechercher de victime, de coupable ou porter de jugement, il s'agit plutôt de redonner leur juste place aux événements, de la façon la plus factuelle possible.


L'objectif est de permettre l'expression et la décharge des émotions qui n'ont pas pu l'être au moment des faits, afin que chacun puisse se réapproprier son histoire, retrouver sa liberté de choix et avancer plus sereinement.


Les outils de libération


La prise de conscience de ce qu'il s'est passé et du lien entre les symptômes et l'histoire vécue est nécessaire mais parfois insuffisante. En effet, comprendre avec sa tête une situation ne signifie pas toujours qu'elle est intégrée sur le plan émotionnel. Ce décalage entre mental et corps est une source de tension interne et de symptômes que nous n'arrivons pas à expliquer.


C'est là que les gestes symboliques peuvent être utiles. Ils permettent de "jouer" avec le cerveau en redonnant une capacité d'action là où elle avait été empêchée. En posant un acte concret, la personne sort de la passivité et de l'impuissance imposées par l'événement et retrouve une forme de pouvoir sur son histoire.


Le geste symbolique marque un changement de position face à ce qui a été vécu. Il ne modifie pas le passé, mais il transforme la perception de l'événement. Sachant que ces perceptions influencent l'expression de notre gènes par voie épigénétique, il s'agit là d'un levier très puissant pour faire évoluer les symptômes.


Parmi ces outils, l'écriture d'une lettre est souvent proposée. Une lettre à une personne décédée, à un parent, à soi-même enfant ou même à une situation particulière. L'objectif n'est pas forcément de l'envoyer, mais d'exprimer ce qui n'a jamais pu être dit.

D'autres gestes symboliques peuvent également être envisagés comme rendre un objet chargé d'histoire, effectuer une démarche longtemps repoussée, visiter un lieu important, réaliser un rituel personnel ou encore poser un acte concret qui donne du sens à l'individu et matérialise une décision intérieure. Ce n'est pas l'acte en lui-même qui est important, mais le sens qu'il prend pour la personne. Ainsi, chaque acte doit être construit en collaboration avec chaque patient individuellement.

Le PAR DON

Le pardon est probablement l'un des concepts les plus mal compris dans le travail transgénérationnel. Il ne s'agit pas d'excuser, de cautionner ou d'oublier ce qui s'est passé.

Le mot PAR DON peut être compris comme le fait que chacun reprenne sa part et laisse à l'autre ce qui lui appartient.

Lorsque nous restons enfermés dans la colère, la rancœur ou le ressentiment, nous continuons souvent à porter une partie de l'histoire de l'autre. Nous restons liés à l'événement, parfois pendant des années comme si nous le subissions plusieurs fois.

Pardonner consiste alors à reconnaître ce qui s'est passé, à reconnaître la souffrance vécue, mais aussi à cesser de porter ce qui ne nous appartient pas. C'est accepter que l'autre ait son histoire, ses limites, ses blessures et ses responsabilités.


De la même façon, le pardon est une démarche de libération personnelle qui implique de reprendre sa propre part en reconnaissant ce que l'on a ressenti, les choix que l'on a faits, les conséquences que l'on a subies, sans se définir uniquement à travers elles.

Conclusion Prise de conscience, geste symbolique ou encore pardon, la mise en mots de l'histoire familiale permet de remettre du mouvement là où quelque chose était figé dans la tête.


Cette évolution passe également par le corps qui est le lieu d'expression inconscient de nos adaptations, de nos tensions et parfois de nos conflits non résolus. C'est là que des approches de thérapie manuelle douce prennent toute leur place pour faciliter et objectiver des libérations qui s'effectuent en cours de séance.

On ne peut pas modifier le passé mais on peut faire évoluer notre façon de le porter, de le comprendre et de nous positionner face. C'est dans cet espace de liberté et d'apaisement retrouvés que se trouvent souvent les plus grands changements !

 
 
 

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